"Dans le secteur de la pêche, les circuits courts sont comme une évidence, une forme de vente traditionnelle, héritée d’une ordonnance de Colbert de 1689 [1] autorisant la vente directe « au cul du bateau ». Cette forme de vente retrouve aujourd’hui un nouveau souffle, que les vacanciers plébiscitent en saison sur nos façades littorales.
C’est la vente sur les quais : « à la table », ou à « à la cabane », qui permet aux pêcheurs de diversifier leurs débouchés et leurs modes de commercialisation en vendant directement aux consommateurs les poissons non préparés – à la différence de la vente en poissonnerie. Au-delà d’un prix attractif et d’une fraîcheur incontestable, c’est le contact avec le pêcheur qui attire les clients vers ces formes de vente alternatives.
Raccourcir le circuit de commercialisation c’est se rapprocher des hommes, c’est aussi retrouver de la confiance en son alimentation. C’est aussi un moyen de réapprendre la saisonnalité des produits de la pêche, mieux connaître la ressource locale et ses périodes d’abondance, et parfois en fonction de la pêche du jour, faire des découvertes gustatives, comme avec la cardine par exemple, de saison en ce moment en méditerranée !
Inspirés, et parfois même intégrés dans le modèle agricole des AMAP, les pêcheurs réinvestissent progressivement la vente en circuit court. Malgré les contraintes de saisonnalité, mais aussi d’incertitude sur l’approvisionnement, des initiatives locales prennent corps. Certains de ces projets sont d’ailleurs soutenus par le Ministère au travers d’un outil de développement de la filière pêche au sein des territoires, l’axe 4 du Fonds Européen pour la Pêche. Ces initiatives locales représentent un moyen de densifier ou pérenniser un tissu économique fragile, et de replacer les acteurs de la pêche dans le développement du territoire. La pêche est un métier difficile, qui souffre économiquement, ce qui n’est pas sans conséquences pour les villes portuaires et les territoires. Au travers de ces nouveaux modes de commercialisation, les pêcheurs valorisent mieux leur pêche, et s’ils arrivent à mieux vivre de leur métier, ces emplois sont sauvegardés. Actuellement en plein débat sur l’avenir de la politique commune des pêches, il n’est pas inutile de s’arrêter sur les succès de ces initiatives encore marginales, qui à une petite échelle, tentent de s’adapter à un nouveau contexte économique, et à de nouvelles habitudes de consommation.
On peut souligner le succès des « Paniers poissons coquillages », initiative lancée en 2009 dans le village de Montbazin, sur le territoire de Thau, et qui a rencontré un tel engouement qu’il va permettre l’élargissement de l’offre à 7 nouveaux villages dans les mois à venir. Ou encore celui de points de vente directe « à la table », installés dans les ports de Ciboure et Bayonne, de Saint-Raphaël, du Grau du Roi, de Trévignon : la liste est loin d’être exhaustive, il existe de nombreux points de vente directe sur les ports de toutes nos façades maritimes.
Et face aux défis des nouvelles technologies, les pêcheurs ne sont pas en reste : certains ont lancé leur site de vente directe en ligne, et ça marche ! C’est le cas des Pêcheries de la Cotinière, ou encore de l’armement La Houle basé au port de St Guénolé à Penmarc’h.
Le circuit court est un moyen – ce n’est pas le seul loin s’en faut – pour permettre à la pêche d’atteindre la durabilité : vivre correctement de son métier, limiter son impact sur l’environnement en réduisant les transports liés à la commercialisation, redevenir un acteur du réseau économique et social de sa ville et de sa région… Mais c’est surtout une réponse à une attente croissante des consommateurs, en quête d’authenticité, de terroir, et de saveurs…"
Voir aussi :
L’interview gourmande de Gaël Orieux, un chef amoureux de la mer qui cuisine des poissons de saison.
