Dans le cadre de l’élaboration du programme national pour l’alimentation (PNA), le ministère de l’alimentation a demandé à l’INRA, en juin 2009, une expertise sur les comportements alimentaires. Les résultats de cette étude ont été présentés jeudi 24 juin 2010 à la cité des sciences et de l’industrie, en marge de l’exposition « Bon appétit », dont le ministère est partenaire.

« Les animaux se repaissent, l’homme mange ». C’est avec ces mots de Brillat Savarin que Marion Guillou, directrice de l’INRA, a ouvert le colloque de présentation de l’expertise scientifique collective sur les comportements alimentaires. Cette étude, qui a mobilisé une vingtaine de chercheurs des sciences du vivant (physiologie, neurologie, nutrition, etc.) et des sciences sociales (économie, sociologie, psychologie, etc.), permet de faire un bilan global des connaissances sur le sujet, en croisant les données de différentes disciplines qui s’intéressent à l’alimentation. Une synthèse des connaissances rendue nécessaire par le foisonnement d’informations dont dispose aujourd’hui le consommateur, qui finit par être perdu devant des messages parfois confus et contradictoires.
L’alimentation, marqueur des inégalités sociales
Premier enseignement, explique Patrick Etiévant, coordonnateur de l’étude à l’INRA, le poids des normes sociales dans nos comportements alimentaires. Ces sont elles qui imposent de manger parce que c’est l’heure du dîner alors qu’on n’a pas faim, et qui perturbent ainsi les mécanismes physiologiques de notre corps. De plus, résultat plus troublant : les choix alimentaires sont nettement corrélés au milieu social. Les personnes les moins diplômées et les moins riches consomment plus de pain de pâtes, de riz, de charcuterie, quand les plus fortunées se tournent plus volontiers vers les légumes, le poisson, les laitages... Des raisons économiques bien sûr, mais également des représentations sociales, d’autant que les populations les plus défavorisées sont les moins réceptives aux messages nutritionnels. Et une triste conséquence : l’obésité frappe beaucoup plus durement les plus démunis. « Contrairement à ce que l’on croit souvent, le consommateur n’est pas si libre dans ses choix alimentaires, dictés par différents déterminants » , précise la sociologue Séverine Gojard. Une étude a d’ailleurs prouvé que chez les personnes les plus défavorisées, le fait de consommer des produits vus dans des publicités à la télévision provoque un sentiment d’appartenance à la société, et donc de lutte contre le sentiment d’exclusion. « Effarant » pour Patrick Etiévant.
Agir sur l’environnement du consommateur
Dans ce contexte, c’est l’environnement complet du consommateur qui doit être modifié pour faire évoluer ses comportements alimentaires. Lorsque l’on mange dans le bruit ou devant la télévision, les mécanismes physiologiques de régulation de l’appétit sont perturbés. D’où l’importance d’avoir des cantines calmes, notamment pour les enfants. Sachant que les préférences sensorielles se construisent dans les premières années de la vie - et même in utero !- et sont ensuite très difficiles à changer, il est primordial d’agir sur l’environnement des petits. A l’école par exemple, avec des opérations comme un fruit pour la récré. Comme l’a souligné en clôture du colloque Pascale Briand, directrice générale de l’alimentation au ministère, « les enfants sont porteurs de messages vers leurs parents » . L’expertise a également mis en lumière d’autres possibilités de jouer sur l’environnement des consommateurs, en encourageant par exemple les industriels à modifier la composition des aliments (moins gras, moins sucrés, moins salés). Finalement, c’est une politique combinant de multiples actions concrètes qui permet de modifier les comportements, en visant tant les consommateurs que leur environnement.
- Consulter le rapport complet (280 pages) de l’étude sur les déterminants des comportements alimentaires, présentée le 24 juin 2010 à l’occasion d’un colloque à la Cité des Sciences et de l’Industrie, en marge de l’exposition « Bon appétit »sur le site Internet de l’INRA
- Voir également la synthèse de l’étude (66 pages) et le résumé de l’étude (8 pages).
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