Une ferme, une histoire, une passion… trois mots qui rythment depuis 18 ans la vie d’Alain Plainfossé, éleveur de vaches laitières, en Bretagne, à Roz-Landrieux, à quelques kilomètres de la cité historique de Saint-Malo.

« Le métier d’agriculteur, c’est d’abord une passion. Mon père, à 70 ans, continue de parler avec ardeur de maïs, du cours du blé et de donner des coups de main à mon frère dans les champs. On ne s’arrête jamais. » À peine débarqué chez Alain, on sait déjà qu’on est chez un passionné, un de ceux que la vie a guidé naturellement jusqu’ici, avec son lot d’embûches bien sûr, mais surtout avec le désir de prouver que l’élevage laitier ne se résume pas à la salle de traite et au quota de lait. « Ce n’est pas parce qu’on a des outils de dernières générations qu’on ne pratique pas un élevage humain, respectueux de bien-être de l’animal et de l’environnement. On n’oublie jamais nos origines. »
Quand il décide de s’installer au Gage Cleuz, une ferme de 250 hectares, avec son frère, responsable des cultures, Alain reprend les vaches de ses parents et celles de ses beaux-parents. « Les deux avaient une approche très différente de l’élevage laitier. Tandis que mes beaux-parents élevaient des vaches Normandes, sur la base d’un système extensif, mes parents, qui avaient majoritairement des vaches noires sur un terrain plus petit, poussaient un peu plus le système. Il fallait en vivre, donc sortir plus de lait par vache. » Doté d’une expérience parentale stimulante, Alain sélectionne alors des vaches pour leurs performances, des Prim’Holstein : « Sur 80 vaches en production, le troupeau produit entre 9 000 et 10 000 litres de lait. Si l’on avait choisi des Normandes, il aurait fallu plus de vaches, plus de terrains, un bâtiment plus grand… bref plus d’investissement pour le même rendement ! » Des investissements pour l’avenir et surtout pour le bien-être de ses animaux, Alain en a fait. De la salle de traite aux stabulations, le Gage Cleuz a fait peau neuve l’année dernière. Sous un toit en lamellés plaqués, laissant passer lumière et air, la quelque centaine de vaches est libre d’aller et venir, sur un sol nettoyé à l’aide d’une raclette motorisée qui dégage les déjections directement au fumier. À côté, une impressionnante salle de traite circulaire, un rototandem, dirigée par un ordinateur central, accueille deux fois par jour ses vaches. « J’ai opté pour le dernier cri : je gagne une heure sur mon temps de travail à chaque traite. Le plus important pour moi était de conserver une partie du travail manuel, je ne voulais pas de robot. Ainsi deux fois par jours, je vérifie les trayons de mes vaches : le simple fait de les toucher me permet de contrôler leur état de santé. Je repère immédiatement s’il y a un problème. Être aux côtés de ses animaux, c’est ça le métier d’éleveur ! » Chaque vache qui entre dans le rototandem est identifiée à l’aide d’une puce électronique : l’ordinateur tactile indique ainsi à l’éleveur tout ce que la vache a mangé, son dernier vêlage et si problème il y a. « Mais rien ne vaut la main de l’homme ! », sourit Alain.
Car ses vaches, Alain les bichonne. Il a beau en avoir une centaine, l’esprit familial et traditionnel le hante : « Je les reconnais toutes, sans exception ! » Dehors pratiquement tout au long de l’année –de février à novembre– les vaches profitent de l’herbe fraîche au printemps, de l’ensilage et du foin le reste de l’année. Plusieurs fois par an, Alain participe à des concours « pour comparer notre travail à celui des autres éleveurs, pour voir si on fait bien les choses ou pas », précise-t-il. « Pour nous qui sommes souvent isolés, c’est un moyen de rencontrer d’autres agriculteurs des villes avoisinantes. » Les salons sont aussi l’occasion de se tenir au courant des nouvelles techniques. « C’est une formation continue. » Évidemment, remporter un concours est une fierté et un moyen de montrer aux citadins le cœur du métier. Foire de Rennes, du Mans, d’Italie ou Salon de l’agriculture de Paris, cette année, “Roz-Caraïbes” a écumé les salons, les prix et… les propositions d’achat : « Toute notre vie, on cherche à avoir de meilleures vaches, il serait absurde de les vendre au moment où l’on atteint enfin cet objectif ! » Quoiqu’il en soit, primée ou non, les vaches sont toutes logées à la même enseigne : « On donne des chances à tout le troupeau ! »
DE LA FERME AU YAOURT MALO
« Nous avons toujours été proche de la laiterie Malo, une entreprise à taille humaine. Mon père les fournissait, il était naturel que je prenne la relève. » Créée en 1948 par Gizard père, la Laiterie Malo fait partie intégrante de la ville. Autrefois située en plein cœur de celle-ci, appartenant désormais au groupe alimentaire Sill, elle a gardé les traces de son passé. « Même si nous avons désormais des matériaux performants, la fabrication reste artisanale », explique Rémy Gizard, désormais à la tête de l’entreprise. Du frais Malo au yaourt emprésuré, la gamme de produit de l’entreprise est emblématique de son état d’esprit : des pots en carton, qui donnent un goût particulier au yaourt, aux fameux remparts dessinés sur chacun d’entre eux. Mais ce qui caractérise vraiment la Laiterie Saint-Malo est bien le lien qu’elle établit avec chacun des 130 agriculteurs qui alimentent les cuves de 50 millions de litres de lait. « Mon père se déplaçait régulièrement chez les éleveurs, tous situés dans un rayon de 30 à 40 km, explique le fils. Ils savent qu’ils peuvent nous appeler à tout moment. »
ET LA RELÈVE ?
Alain espère avoir transmis à ses quatre enfants, âgés de 10 à 18 ans, son savoir-faire et sa passion. Qu’importe s’ils choisissent une autre voie. L’essentiel est ailleurs : « Mes deux jumelles sont en Terminale, l’une s’oriente vers la chimie, l’autre vers la médecine, mais les deux savent gérer un vêlage ou s’occuper de la traite. C’est une fierté pour moi ! », nous explique Alain avant de conclure : « C’est un métier que l’on fait d’abord pour nous, dans l’espoir de transmettre. Sans véhiculer une image trop bucolique, je veux montrer que l’on peut avoir du plaisir tout en étant professionnel et rigoureux. »
EN IMAGES
Des vaches pour mon Malo
17/08/2011
Vous aimerez peut être
L’huile du Paradis
27/04/2011
"Préserver le producteur et la diversité alimentaire"
04/05/2011
