Un peu partout en France, à Rungis comme sur les autres marchés d’intérêt national (MIN) où sont chaque jour échangés des tonnes de denrées, des associations luttent contre le gaspillage alimentaire. L’objectif : récupérer les invendus pour les donner aux structures d’aide alimentaire. Reportage sur le MIN d’Angers.
En cette froide matinée de novembre, le jour est encore loin sur le MIN d’Angers. Dans le pavillon des fruits et légumes, acheteurs de la restauration collective et commerciale, gens de marché et autres commerces de détail sont déjà repartis, et les grossistes s’apprêtent à remballer et à jeter tout ce qui ne pourra plus être vendu. C’est à ce moment là qu’intervient Yvon, coordinateur de l’atelier « récupération et tri des invendus » organisé sur le MIN par l’association Jardin de Cocagne Angevin. Sa mission : convaincre chacun des cinq grossistes de léguer à l’association les fruits et légumes qu’ils ne pourront plus vendre – parce qu’abîmés, trop mûrs, hors calibres, ou tout simplement par manque d’acheteurs. Ce matin là, Yvon parvient à récupérer une énorme palette de navets, ainsi que carottes, pommes de terre, cardes, poireaux, salades, pommes, clémentines, oranges... Une coquette quantité de produits de saison récupérés, tous destinés aux plus démunis. Mais ce n’est pas le tout d’avoir récupéré des produits, encore faut-il les trier – certains sont en trop mauvais état et vont partir à la poubelle - et les reconditionner avant l’arrivée des associations d’aide alimentaire. Damien, Maxime et Patrick entrent alors en action. Ils sont tous les trois salariés de l’association Jardin de Cocagne Angevin, qui a vocation à réinsérer des personnes en difficulté.
Banques alimentaires, Resto Troc, filets solidaires...
Une fois le tri entre « bons » et « mauvais » produits effectué, ils répartissent et reconditionnent les denrées en fonction des besoins des différentes structures bénéficiaires. Le travail est bien organisé. « Avec l’appui de la Draaf [1], nous avons pu professionnaliser le dispositif : organiser l’atelier avec un point d’eau et un plan de travail apte à recevoir les denrées, fournir des tenues adaptées aux salariés, et surtout mettre en place un suivi des lots pour assurer la traçabilité des produits », se réjouit le Directeur de l’association, Jean-Luc Pineau. Les associations caritatives dites traditionnelles commencent à arriver, avec un camion des Restos du cœur. Les fruits et légumes récupérés partent directement pour Cholet, où ils vont permettre de compléter des colis principalement constitués de produits laitiers (beurre, yaourts et lait, issus du PEAD). Le camion des Banques alimentaires prend ensuite le relai, puis vient le tour de « Resto Troc », une association angevine qui prépare tous les midis des repas pour une quarantaine de sans domicile fixe. « La restauration sociale d’urgence prend les produits les plus avancés, qui ne pourront pas être utilisés par les autres associations », commente Yvon. Vient ensuite la préparation de 67 « filets solidaires », paniers de fruits et légumes de 5 kilos qui seront distribués le jour même dans les maisons de quartier d’Angers à des familles dans le besoin. Ces dernières, non bénéficiaires de l’aide alimentaire « classique », payent ces filets solidaires en fonction de leurs revenus (de 2,5 à 6 euros le filet, pour une valeur de 9 euros en magasin).

Diversifier les dons
Créé en avril 2010, l’atelier de récupération des invendus a ainsi permis de redistribuer 40 tonnes de denrées la première année, et plus de 100 tonnes en 2011. Une initiative qui permet de lutter efficacement contre le gaspillage alimentaire, et que l’on retrouve, en d’autres points de l’Hexagone, portée par différents acteurs à Nantes (Secours Populaire) ; Rungis, Lomme, Marseille et Perpignan (ANDES) ; Avignon (Imagine 84) et Toulouse (Restos du Cœur et Secours Populaire). Au total, plus de 1 600 tonnes d’invendus ont été récupérés et redistribués à des associations d’aide alimentaire en 2010, sur 8 Marchés d’intérêt national.
Mais à la Draaf Pays de la Loire, à l’initiative de ce projet à Angers, on ne s’arrête pas là. « Les bénéficiaires de l’aide alimentaire ont de réelles carences en protéines animales et en produits de la mer », explique Jérôme Segons, chef du pôle offre alimentaire. Or, si les grandes entreprises agroalimentaires de la région, comme Charal ou Fleury Michon, se déclarent prêtes à donner des denrées, elles ont une grande crainte : les failles dans la traçabilité et les normes sanitaires des circuits de redistribution, notamment la rupture de la chaîne du froid.
Rassurer les entreprises
Partant de ce constat, la Draaf a donc entrepris d’améliorer la sécurité sanitaire des points de collecte des associations. « Les industries agroalimentaires attendaient en fait l’engagement de l’État. Elles sont maintenant nombreuses à être prêtes à donner leurs invendus encore consommables », précise Jean-Noël de Casanove, chef du Service régional de l’alimentation. Reste maintenant à organiser les aspects logistiques de la collecte et de la redistribution des denrées à l’échelon régional et entre les différentes associations, et donc de trouver une structure porteuse capable de gérer tout cela - de préférence avec un chantier d’insertion comme sur le MIN d’Angers. La mise en œuvre de ce dispositif est attendue pour la fin de l’année 2012, avec un espoir pour les acteurs de ces projets : créer un modèle que l’on pourrait reproduire sur l’ensemble du territoire national.
Info + : faciliter les dons
L’ensemble des acteurs (producteurs, industriels, grande distribution, associations caritatives, etc.) sont invités à utiliser le nouvel outil Bourse aux dons, qui permet de faciliter les échanges pour l’aide alimentaire.
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Des fruits et des légumes pour retrouver du sens
07/12/2011
EN IMAGES :
Regarder le diaporama photos du reportage à Angers.
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La récupération et redistribution de produits de la mer est en train de se mettre en place dans la région, avec les Paniers de la mer. En savoir plus sur cette fédération d’associations qui récupère les invendus de criées du littoral, les transforme (levée des filets de poissons, congélation) grâce à des chantiers d’insertion puis les livre à des associations caritatives.
Liens utiles :
Pionniers en la matière, les bénévoles du Secours populaire récupèrent les invendus sur le MIN de Nantes depuis 2001.
Le potager de Marianne, chantier d’insertion organisé à Rungis depuis novembre 2008 par ANDES, l’Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires. Voir aussi les trois autres chantiers d’insertion sur des MIN développés par ANDES.
Les Jardins de la Méditerranée, chantier d’insertion organisé par Imagine 84 à Avignon depuis février 2009.
L’insertion par l’emploi chez les Restos du Coeur , qui récupèrent les invendus sur le MIN de Toulouse depuis Septembre 2010, avec le Secours Populaire.
