
Que mangent les adolescents, et comment ? Que représente pour eux le repas en famille ? Alim’Ados, une enquête (1) de terrain de trois ans, apporte des éléments de réponse. L’occasion de dépasser les stéréotypes et de porter un nouveau regard sur ces jeunes mangeurs-acteurs aux goûts
et comportements à la fois affirmés et complexes.
Tout d’abord, la “malbouffe”. Certes, les sodas, chips, pizzas, glaces et hamburgers font partie de leurs aliments de prédilection. De là à en déduire “qu’ils ne mangent que ça”…
Car si les garçons se montrent grands amateurs de paninis et autres kebabs, les filles recherchent des aliments moins gras : salades toutes prêtes ou fruits à la supérette la plus proche. La ligne ou le plaisir ? Le choix n’est pas toujours simple. « Gardons-nous de “pathologiser” ce groupe d’âge et de faire de tous les jeunes des sujets à risques, que les périls s’appellent surpoids, uniformisation des comportements alimentaires, rejet des traditions ou faillite de la transmission » explique Nicoletta Diasio, anthropologue et maître de conférence à l’université de Strasbourg. « Il faut comprendre que les adolescents revendiquent un droit au plaisir alimentaire, en réaction aux messages négatifs sur leur alimentation et à tous les messages de restriction. Contrairement à ce que l’on pense, ils sont très informés sur le plan nutritionnel, mais aussi saturés de ces messages injonctifs. »
Autre découverte : les “jeunes” adorent la cuisine familiale ! Éloge de la cuisine des grand-mères, attachement aux plats traditionnels, nourriture festive ou plats liés à leur culture d’origine. Et même s’ils ont quitté la maison, la perspective d’un “bon repas” préparé par maman fait toujours recette !
Continuons : pour les adolescents, tout est affaire de style et d’apparence. « L’aspect prime sur le goût », résume Véronique Pardo, coordonnatrice du programme de recherche. Autant dire que le flasque, le bouilli et le gélatineux n’ont pas la cote. Endives cuites, choux-fleurs, tripes et œufs en gelée sont unanimement rejetés. Les aliments de couleurs jugées agréables, fermes, croustillants ont plus de chance. Quant au gras visible, ou au poisson entier avec la tête, inutile d’en parler !
Les termes d’obésité et d’anorexie ne semblent pas correspondre à une réalité quotidienne. « Les jeunes sont pris dans une contradiction entre surveiller leur alimentation et se faire plaisir en transgressant les recommandations », poursuit Nicoletta Diasio.
Enfin, les raisons du succès de la street food, l’alimentation de la rue ? Un sentiment de liberté à manger hors cadre scolaire ou familial. « En s’appropriant l’espace public, ils font l’expérience de l’autonomie dans le choix des aliments et dans la gestion du temps », commente Meriem Guetat, sociologue à l’université de Strasbourg. Et ce qui importe, c’est autant ce qu’on mange que de manger ensemble ! Alors, alimentations adolescentes plurielles ?
Visiblement, oui.
(1) Alim’Ados est un programme de recherche de l’OCHA réalisé avec deux laboratoires du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR).
L’OCHA est l’Observatoire des habitudes alimentaires du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL).
AlimAdos,
C’est plus de 15 chercheurs, plus de 500 familles enquêtées, plus de 1500 entretiens auprès des jeunes de 12 à 19 ans et desacteurs de leur environnement familial et social.
www.lemangeur-ocha.com
